Uvira, 22 octobre 2026 - Ouvert le mercredi 21 octobre dans la salle polyvalente de la mairie, l’atelier participatif consacré au pilotage d’un modèle local de collaboration pour la cohésion sociale aborde, ce jeudi, une étape essentielle : la traduction des engagements communautaires en mesures administratives concrètes.
Organisée par le Réseau d’Innovation Organisationnelle (RIO), en collaboration avec la Mairie d’Uvira et avec l’appui de Life and Peace Institute (LPI) pour le compte de la Communauté des Pratiques sur le Peacebuilding (CPP), cette rencontre de trois jours s’inscrit dans le projet « Contribution à la consolidation d’une paix durable et inclusive à l’Est de la RDC - Tujiunge kwa ajili ya amani ya kudumu » (TAAK).
Une réponse concertée aux fractures de la cohésion sociale : À Uvira, les tensions intercommunautaires ne peuvent être dissociées des difficultés de gouvernance, des problèmes de protection des civils et des répercussions des conflits armés dans le Sud-Kivu et la région des Grands Lacs.
Le Plan d’Actions Opérationnel de la mairie relève notamment la circulation des rumeurs et des discours de haine, les dysfonctionnements de certains services publics, l’enrôlement d’enfants dans les groupes armés, les difficultés liées aux déplacements de populations ainsi que les arrestations arbitraires et les pratiques d’extorsion.
Les analyses communautaires conduites en 2026 mettent également en évidence le poids des conflits fonciers et coutumiers, de la compétition pour les ressources, des préjugés et de la méfiance entre communautés.
Elles soulignent cependant l’existence de ressources locales précieuses : les mécanismes de dialogue et de médiation, les organisations de femmes et de jeunes, les autorités coutumières, les confessions religieuses et les structures communautaires de paix.
Capitaliser les initiatives plutôt que multiplier les engagements sans suite : L’atelier s’appuie sur plusieurs démarches antérieures : le dialogue intercommunautaire des jeunes de septembre 2025, les actions de sensibilisation menées avec la mairie en décembre 2025, l’analyse du contexte de paix d’août 2026 et les échanges entre femmes de différentes communautés.
Ces initiatives ont notamment favorisé l’élaboration d’engagements de femmes contre les discours de haine et la mise en place d’un Barza intercommunautaire de jeunes chargé d’en accompagner le suivi.
Le constat qui guide les travaux est clair : les dialogues produisent souvent des résolutions et des feuilles de route, mais leur application reste fragile lorsque les responsabilités, les délais, les moyens et les mécanismes de redevabilité ne sont pas définis.
Le modèle local recherché entend donc relier la mobilisation citoyenne à l’exercice effectif des responsabilités publiques.
Du dialogue communautaire aux responsabilités des autorités : La première journée a été consacrée à la mise en commun des constats, à la priorisation des problèmes de cohésion sociale et à la co-construction d’un modèle de collaboration entre autorités et acteurs sociaux.
Le dispositif prévu associe notamment les autorités urbaines, communales, locales et coutumières, les représentants des femmes et des jeunes, les leaders communautaires et religieux ainsi que les organisations de la société civile.
Les deuxième et troisième journées accordent une place centrale aux autorités politico-administratives et coutumières. Il s’agit d’examiner, pour chaque engagement retenu, l’autorité compétente, la mesure juridiquement possible, les services à mobiliser, les ressources nécessaires et les échéances réalistes.
Les travaux portent notamment sur les attributions du maire, des bourgmestres, des chefs de quartiers et des chefs coutumiers, ainsi que sur les principes de déontologie et de responsabilité administrative ainsi que leurs rôles en matière du maintien de l’ordre public, de la coexistence pacifique de toutes les tribus et de la cohésion nationale.
Cette réflexion prend appui sur la loi organique n° 08/016 du 7 octobre 2008 relative aux entités territoriales décentralisées, la loi organique n° 10/011 du 18 mai 2010, la loi n° 15/015 du 25 août 2015 portant statut des chefs coutumiers et les dispositions relatives au règlement des conflits de pouvoirs coutumiers.
Elle doit permettre de distinguer les initiatives relevant d’une action directe des autorités locales de celles nécessitant la saisine d’un autre échelon de décision.
Un modèle fondé sur le suivi, la redevabilité et l’articulation des processus de paix : Au-delà de la définition des engagements, l’ambition est de disposer d’une feuille de route précisant qui fait quoi, dans quel délai, avec quels moyens et selon quelles modalités de suivi.
La démarche prévoit aussi de documenter les changements observés, de rendre compte périodiquement aux communautés et de faire remonter aux niveaux provincial, national ou régional les préoccupations qui dépassent les compétences locales.
Cette articulation entre dialogue communautaire, décision administrative et retour d’information constitue l’une des principales innovations recherchées. Elle vise à renforcer la confiance entre citoyens et institutions, à prévenir les tensions et à rendre plus visibles les contributions locales aux processus de paix.
À l’issue de l’atelier, les participants devraient disposer d’un modèle local de collaboration assorti d’engagements réciproques, d’une traduction opérationnelle des responsabilités administratives et d’un dispositif participatif de pilotage.
Leur mise en œuvre effective constituera la prochaine étape décisive pour transformer les aspirations de paix des communautés d’Uvira en résultats concrets et durables.
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